| Réfugiés ouïgours: la Suisse va-t-elle céder? |
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| Écrit par Administrator |
| Vendredi, 08 Janvier 2010 13:59 |
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«Je serais estomaqué d'apprendre que le Conseil fédéral refuse d'accueillir les deux Ouïgours suite aux pressions de la Chine.» Dick Marty n'est pas le seul. Derrière le conseiller aux Etats tessinois libéral-radical, nombreux sont les politiciens qui acquiescent. La Suisse ne doit pas céder aux exigences de Pékin qui lui demande, comme l'a révélé hier «Le Matin», de «refuser de façon claire et nette la réception» des deux Ouïgours détenus à Guantánamo et susceptibles d'être accueillis par le canton du Jura.
Car depuis que le ministre jurassien de la Justice, Charles Juillard (PDC), a émis le souhait d'offrir l'hospitalité à deux frères emprisonnés depuis huit ans dans la tristement célèbre prison américaine, la Chine voit rouge. Pour la grande puissance, les deux hommes sont en effet des «terroristes présumés». C'est peu de dire que les pressions sur Eveline Widmer-Schlumpf, ministre en charge du dossier, et sur le reste du collège sont fortes. «Nous ne voulons absolument pas voir cette affaire porter atteinte aux relations Chine-Suisse», a récemment écrit l'ambassade chinoise au département de la Grisonne. Hier, en fin de journée, elle récidivait: «La Chine et la Suisse entretiennent une relation de bonne amitié. Nous osons croire que nous saurons unir nos efforts pour le maintien de la belle amitié qui unit nos deux pays», nous a-t-elle déclaré lorsque nous lui avons demandé ce qu'il adviendrait des deux détenus s'ils étaient renvoyés en Chine. Que répond Berne aux exigences de Pékin? «Madame Widmer-Schlumpf a rappelé les faits, c'est-à-dire que pour l'heure, aucune décision n'a été prise quant à l'accueil de ces deux personnes, précise Guido Balmer, porte-parole du Département de justice et police. Nous sommes en train d'étudier la question avec le canton du Jura, mais au final, le Conseil fédéral décidera dans son ensemble s'ils peuvent être accueillis.» Changer d'avis ou d'amis? Envoyée durant le courant de la semaine, la réponse des autorités helvétiques n'a visiblement pas satisfait la partie chinoise. Et c'est bien là le problème. Berne se trouve aujourd'hui en porte-à-faux entre sa décision d'offrir asile aux détenus de la prison américaine jugés innocents, et ses intérêts économiques avec la future deuxième puissance mondiale. Doris Leuthard le sait mieux que quiconque, elle qui compte signer un accord de libre-échange avec la Chine lors de son voyage à Shanghai à l'occasion de l'Exposition universelle en août prochain. La ministre de l'Economie et présidente de la Confédération a d'ailleurs mis en garde: oui au principe d'accueil humanitaire d'anciens détenus de Guantánamo, mais pas au détriment des relations économiques du pays. Le Conseil fédéral va devoir faire une pesée d'intérêts: vaut-il mieux changer d'avis ou d'amis? Pour la conseillère nationale genevoise Martine Brunschwig Graf (PLR), la réponse est claire: «La Suisse ne peut pas demander à chaque pays quels sont les gens qui plaisent et ceux qui ne plaisent pas. La Chine est en droit d'avoir la garantie que ces deux personnes ne se livreront pas à de l'activisme politique si elles viennent dans notre pays. Au-delà, c'est un problème entre la Suisse et les Etats-Unis.» Si, à l'instar des UDC, quelques membres du Parlement se déclarent opposés à la venue des deux Chinois, nombreux sont les politiciens qui goûtent peu l'ingérence chinoise dans les affaires helvétiques. La présidente de la Commission de politique extérieure du Conseil national, Christa Markwalder (PLR/BE), est de ceux-là: «Je dirais très gentiment à la Chine qu'il revient à la Suisse de décider ou non d'accueillir ces deux personnes.» Vice-président de la Commission de l'économie et des redevances, le conseiller aux Etats PDC Konrad Graber est encore plus catégorique, même s'il reconnaît l'importance d'entretenir de bonnes relations avec Pékin. «Il n'appartient pas à la Chine de décider à la place de la Suisse de la conduite à adopter dans cette affaire!» s'énerve le Lucernois. Même Christophe Darbellay, qui s'est toujours montré sceptique face à la décision du Conseil fédéral d'accueillir d'anciens détenus de Guantánamo, estime qu'«il ne faut pas se laisser mettre sous pression», même si une pesée d'intérêts doit être faite. Et le président du PDC d'assurer que Charles Juillard ainsi que le reste du Conseil d'Etat jurassien ne prendront pas la décision d'accueillir les deux Ouïgours sans avoir toutes les garanties nécessaires. C'est d'ailleurs ce que s'apprête à faire le ministre de la Justice. Le Jurassien a rendez-vous dans le courant du mois avec Eveline Widmer-Schlumpf pour obtenir l'assurance que les deux détenus ne sont pas potentiellement dangereux et évoquer les modalités d'accueil. Regrette-t-il son invitation? «Pas du tout. Je ne regrette pas la décision de m'être mis à disposition pour accueillir d'anciens détenus de Guantánamo», dit-il, précisant que le choix de la nationalité des prisonniers n'est pas de son ressort. Et quand bien même, ce dernier appelle à «ne pas sacrifier nos valeurs occidentales pour nos relations économiques». D'ailleurs, y aura-t-il de réelles sanctions si la Suisse devait décider d'accueillir les deux hommes malgré les protestations de Pékin? Dick Marty en doute. «L'Albanie a accepté il y a quelques mois d'accueillir un détenu ouïgour. Je m'y suis rendu cet été et le pays n'a reçu aucune sanction. Les Chinois crient fort mais ne feront rien», assure celui qui est aussi membre du Conseil de l'Europe. Et puis, si la Suisse cédait, «ce serait un signal terrible envers les minorités oubliées», ajoute le conseiller national genevois Carlo Sommaruga. Le socialiste n'ose pas imaginer que le pays où ont été signées les Conventions de Genève définissant le droit humanitaire puisse préférer soigner ses relations diplomatiques avec Pékin. Le Conseil fédéral sera-t-il du même avis? (C) LeMatin.ch |
| Mise à jour le Vendredi, 08 Janvier 2010 14:02 |






La Chine réitère ses pressions sur le Conseil fédéral pour qu'il renonce à ce que le Jura accueille les deux détenus de Guantánamo. De nombreux politiciens appellent à ne pas plier.