Tension Chine-Suisse après la décision de Berne d'accueillir de deux détenus ouïghours de Guantanamo PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Jeudi, 04 Février 2010 17:13

PEKIN — La décision de la Suisse d'accueillir deux détenus ouïghours de Guantanamo, réclamés par la Chine au nom de sa lutte contre le terrorisme, va "sûrement miner" les relations entre les deux pays, a averti jeudi Pékin.

La Suisse a annoncé mercredi avoir décidé de les accueillir "à titre humanitaire", défiant ainsi les pressions de Pékin qui souhaite le retour sur son territoire de ces membres de la communauté de langue turque et musulmane vivant dans le nord-ouest de la Chine.

 

"La position de la Suisse va certainement miner les relations sino-helvétiques", a déclaré Ma Zhaoxu, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Les deux pays célèbrent cette année le 60e anniversaire de l'établissement de leurs liens diplomatiques.

"Ces suspects ouïghours étaient membres de l'organisation terroriste du Mouvement islamique du Turkestan oriental", a assuré M. Ma, ajoutant que le groupe était défini comme tel par les Nations unies.

"Tous les Etats membres devraient refuser d'accueillir ceux qui ont financé, projeté ou mené des activités terroristes, tous les pays ont l'obligation d'appliquer ces obligations internationales, la Suisse aussi", a-t-il dit.

Le porte-parole a précisé que la Chine avait fait "connaître son opposition lors de la réunion du premier groupe de travail sur un projet d'accord de libre-échange entre la Chine et la Suisse".

L'ambassadeur suisse, Blaise Godet, s'est rendu jeudi au ministère des Affaires étrangères "afin de venir y expliquer la décision suisse", a expliqué de son côté à l'AFP Terence Billeter, porte-parole de l'ambassade.

"Les autorités chinoises ont pris note de la position suisse, ont fait part à l'ambassadeur de leur mécontentement et ont protesté contre la décision prise hier à Berne", a-t-il ajouté.

Pékin avait averti la Suisse que l'accueil de ces deux détenus pourrait porter "atteinte" à leurs relations.

Dans un communiqué, le gouvernement suisse a souligné que la décision d'accueillir les deux Ouïghours avait été prise pour "contribuer à la fermeture du camp américain de Guantanamo".

"Nous avons pris notre décision en prenant en compte notre tradition humanitaire (...), non pas en fonction d'un pays ou de l'autre, mais surtout en raison de notre tradition qui date de plusieurs siècles", a expliqué la ministre de la Justice, Eveline Widmer-Schlumpf.

La Suisse a déjà accueilli le mois dernier un ancien détenu ouzbek de Guantanamo qui réside à présent dans le canton de Genève.

Les deux Ouïghours sont "de pauvres hommes détenus par erreur", a fait valoir leur avocate Elizabeth Gilson.

Au total, 22 Chinois de l'ethnie ouïghoure ont été détenus à Guantanamo, la prison la plus controversée du monde ouverte pour des suspects de terrorisme après les attentats du 11 septembre.

Ils ont tous été innocentés et Washington a refusé de les renvoyer en Chine de crainte qu'ils y soient persécutés.

Les autorités ont considérablement renforcé la sécurité au Xinjiang après les troubles ethniques de juillet à Urumqi, capitale de cette région du nord-ouest proche de l'Asie centrale, qui ont fait près de 200 morts.

Vingt-six personnes ont depuis été condamnées à la peine capitale, dont neuf ont été exécutées, pour leur participation à ces troubles fomentés, selon Pékin, par les "séparatistes".

Au Xinjiang, majoritairement peuplée de musulmans, une partie des Ouïghours -- 8 millions de personnes -- dénonce la discrimination religieuse et culturelle dont elle fait l'objet sous couvert de lutte antiterroriste et la présence accrue de Hans, venus du reste de la Chine dans le cadre de la politique de développement économique.  (C) AFP